Au Bénin, la loi est claire : tout enfant a droit à l’éducation et l’Etat a l’obligation d’en garantir l’accès. Aussi, l’obligation scolaire jusqu’au niveau du CM2 est consacré par l’article 116 de la loi n°2015-08 du 08 Décembre 2015 portant Code de l’enfant en République du Bénin. Il s’agit d’ailleurs d’un droit fondamental reconnu à l’enfant. Néanmoins, en dépit de ce que prévoit la loi, et des nombreuses actions et initiatives prises par le Bénin ces dernières décennies , le droit à l’éducation rencontre encore de nombreux défis, notamment celui lié au travail des enfants. En effet, un grand nombre d’enfants béninois se voient souvent contraints d’abandonner l’école. Ceci, non pas par volonté mais par contrainte liée à l’exercice d’activités économiques.
Entre les textes de lois et la réalité de milliers de familles béninoises, un fossé demeure constant ; celui de la survie économique, qui prime bien trop souvent sur le droit à apprendre.
Travail des enfants : ce que dit la loi
L’édition 2022 du Tableau de bord social sur la protection de l’enfant de l’OBSERVATOIRE DE LA FAMILLE DE LA FEMME ET DE L’ENFANT définit le travail des enfants comme « toute activité rémunérée ou non, exercée par l’enfant et qui le prive de la jouissance de ses droits ». Le code de l’enfant au Bénin protège l’enfant contre l’exploitation économique et les travaux susceptibles de nuire à son développement ou de compromettre sa scolarité. D’ailleurs, la loi n° 98-004 du 27 janvier 1998 portant Code du travail en République du Bénin offre un cadre précis au travail des enfants. Elle stipule en son article 166 que « les enfants ne peuvent être employés dans aucune entreprise avant l’âge de 14 ans ». De même, elle interdit également certains types de travaux aux mineurs tout en réglementant le cadre et les conditions de travail pour les mineurs en situation de travail.
En outre, le décret n°2011-029 du 31 janvier 2011 fixant la liste des travaux dangereux pour les enfants en République du Bénin vient appuyer les dispositions légales de protection de l’enfant en situation de travail déjà existantes. Ce décret vient notamment définir les activités totalement interdites aux moins de 18 ans.
Enfin, la loi n°2006-04 du 10 avril 2006 portant conditions de déplacement des mineurs et répression de la traite d’enfants en République du Bénin stipule en son article 5 que « l’utilisation de la main d’œuvre enfantine est interdite en République du Bénin, sauf dans les cas prévus par la loi et les conventions internationales ». Ce texte est particulièrement pertinent pour le Bénin. Il vient compléter l’ensemble de l’arsenal juridique déjà mis en place pour réglementer le travail des enfants. Ceci, dans un contexte où la frontière entre placement ; apprentissage et exploitation demeure encore aujourd’hui assez floue.
Les ‘’vidomègon’’, un cas spécifique au Bénin
Contrairement à d’autres pays de la sous-région où les enfants souvent mineurs sont confiés à des maîtres coraniques, puis exploités à des fins de mendicité, le Bénin est confronté à une réalité quelque peu plus sournoise : les vidomègon.
En langue fon (la langue la plus parlée au Bénin), « vidomègon » signifie « enfant placée ». Cette pratique existant depuis plusieurs décennies consiste à confier un enfant, le plus souvent, une fille à un tiers (un proche ou autre). Ce dernier est censé lui offrir un cadre de vie meilleur ; l’accès à l’école ou l’apprentissage d’un métier en échange d’un travail domestique. Dans la grande majorité des cas, la scolarisation, de même que l’apprentissage d’un métier ne se concrétisent jamais. L’enfant devient une force de travail à temps plein, sans aucun accès à l’éducation, souvent coupé totalement de sa famille et vivant pleinement dans des conditions proches de l’exploitation, voire, de la traite.
La loi n° 2006-04 vient justement poser le cadre juridique d’une distinction claire entre le placement traditionnel qui protège l’enfant et celui qui, en réalité, ne sert qu’à masquer une exploitation économique de l’enfant.
Le travail des enfants dans les marchés et les champs
Au-delà des vidomègon, une autre réalité pèse sur la scolarisation : le travail des enfants dans les marchés, l’agriculture ou l’artisanat. Alors que le décret n°2011-029 du 31 janvier 2011 fixant la liste des travaux dangereux pour les enfants en République du Bénin compte justement l’ensemble de ces travaux et bien d’autres au nombre des activités interdites aux enfants n’ayant pas rigoureusement 18 ans au Bénin, le constat sur le terrain est totalement autre. Pourtant, l’exercice de ces activités représente une concurrence directe au temps scolaire. Ce qui finit indéniablement par conduire à un abandon scolaire.
Le constat est à la fois triste et amer ; l’application des lois se heurte à une réalité de taille : la situation de précarité dans laquelle vivent de nombreuses familles. En effet, dans de nombreux cas, le travail d’un enfant est surtout une nécessité. Les revenus de l’enfants représentent un complément indispensable à la survie du foyer.
L’apprentissage de métiers manuels : un flou persistant
Il existe au Bénin une forme de travail des enfants socialement admise et même valorisée : l’apprentissage d’un métier manuel (coiffure, couture, menuiserie, mécanique …). Il s’agit d’une pratique ancienne qui consiste à confier un enfant à un artisan pour qu’il apprenne le métier. Elle est perçue comme une voie d’insertion légitime et représente souvent une alternative à un abandon scolaire, ou à une scolarité jugée trop coûteuse ou incertaine.
C’est justement parce que cette pratique est socialement banalisée et représente, dans certaines situations, une porte de sortie louable pour certains enfants ayant des difficultés d’apprentissage scolaire qu’elle échappe au regard du décret n° 2011-029 du 31 janvier 2011. En effet, dans les ateliers d’apprentissage, les limites définies par ledit décret sont souvent ignorées. On y retrouve bien souvent des enfants bien trop jeunes, maniant des outils dangereux, respirant et travaillant avec des produits toxiques, et travaillant des journées entières et même de nuit, sans aucune considération des textes de loi. L’apprentissage manuel se déroule de manière informelle et hors de tout contrôle administratif. Il n’existe souvent pas de contrat encadré, ni aucune inspection du travail sur place. Ce que la loi qualifie de travail dangereux est perçu socialement comme une « formation ».
Vidomègon, travail dans les marchés, aux feux tricolores ou encore dans les rues, apprentissage informel : il s’agit de différentes réalités n’ayant toutefois pas la même origine, mais qui convergent toutes vers un même résultat : celui d’un enfant privé, en tout ou en partie, de son droit à l’éducation. Face à cette diversité de situations, une question demeure : pourquoi un cadre juridique aussi précis peine-t-il autant à protéger ces enfants dans les faits ? Aussi, quels sont les leviers existant déjà pour faire reculer de plus en plus la pratique néfaste du travail des enfants au Bénin ?
