Vidomègon, vente ambulante, dans les marchés, culture des champs, apprentissage informel aux métiers manuels ou encore les travaux domestiques contre rémunération, les formes que prend le travail des enfants au Bénin sont multiples. Toutefois, chacune d’elles entre en tension directe avec le droit à l’éducation ou l’application d’autres droits fondamentaux de l’enfant. Il existe pourtant un arsenal juridique qui cadre, limite et même interdit ces pratiques. En particulier quand elles compromettent la scolarité ou mettent en danger l’enfant. Mais pourquoi dans ce cas peinent-elles autant à être appliquées sur le terrain ?
Travail des enfants en République du Bénin : états des lieux
Le travail des enfants en République du Bénin est un phénomène qui a toujours existé, sous diverses formes, certaines, plus ouvertes et plus visibles que d’autres. En 2020, l’UNICEF dans un rapport intitulé Le travail des enfants : Banalisation d’un phénomène qui prend de l’ampleur’’ indiquait que « le phénomène du travail des enfants est en nette aggravation par rapport à 2008 avec plus d’un enfant sur deux (52,5%) impliqué dans le travail des enfants et près de quatre sur dix d’entre eux (40%) travaillent dans des conditions dangereuses ». Heureusement, depuis, une nette amélioration a été faite. On a pu ainsi, noter une régression notable du phénomène. Ceci, notamment en ce qui concerne les pires formes de travail des enfants au Bénin. Ces dernières années, le Bénin a principalement agi sur plusieurs leviers dans la lutte contre le travail des enfants.
La création du Comité Directeur National de lutte contre le travail des enfants CDN
Le CDN est un organe né en 2014 en cohérence avec l’article 5 de la convention n° 182 de l’OIT ratifiée par le Bénin. Le CDN a été installé avec pour but de piloter, d’orienter et de suivre la politique publique contre le travail des enfants et placé sous la tutelle du Ministère en charge du travail. Cet organe de régulation sert dans la pratique de cadre de coordination entre l’administration, les partenaires techniques et financiers, les organisations syndicales, le patronat mais aussi et surtout les ONG impliquées dans la protection de l’enfant. Il fonctionne comme une plateforme multipartite de concertation avec des résultats probants.
Seulement entre 2024 et 2025, « plus de 7500 enfants en situation de travail ont été identifiés à travers des missions d’inspection sectorielles menées par les directions départementales du travail et la Brigade des mœurs » a indiqué un rapport présenté lors de la 2e session ordinaire du CDN tenue en Novembre 2025. Ces diverses interventions, ont pu notamment permettre de retirer « 1500 enfants exposés aux pires formes de travail ».
La campagne Tolérance Zéro
La campagne « Tolérance Zéro au travail des enfants » a été lancée en 2023 avec pour but de mobiliser les acteurs de la protection de l’enfance, mais aussi les usagers des marchés, les artisans, les communautés et les enfants eux-mêmes dans la lutte contre le travail des enfants. Cette campagne a également été l’occasion de mener des visites conjointes d’inspection et de contrôle dans les marchés, les carrefours et autres points de vente. Ces visites ont permis d’identifier et de retirer les enfants victimes d’exploitation économique et de maltraitance, y compris ceux impliqués dans la mendicité.
En février 2026, cette campagne a été relancée. Cette fois ci, un accent particulier a été mis sur la protection de l’enfant, l’éducation et la répression des formes d’exploitation. A travers cette deuxième édition, le gouvernement entend intensifier la lutte contre le travail des enfants, particulièrement dans les secteurs à forte prévalence. Il s’agit notamment des mines et carrières, l’agriculture, les marchés, les chantiers de construction et les activités de rue.
Le renforcement de l’inspection du travail
L’inspection du travail joue un rôle central dans la lutte contre le travail des enfants au Bénin. Elle y participe activement à travers notamment le contrôle des lieux de travail, le ciblage des enfants en situation d’exploitation et le déclenchement des mesures de retrait, d’orientation et de suivi en partenariat avec d’autres acteurs de la protection des enfants.
Rien qu’en 2021, dans le cadre de la Journée Mondiale contre le travail des enfants, une série de visites d’inspection a été organisée sur 473 chantiers de constructions de bâtiments avec un objectif global de 475 apprentis recensés. Cette célébration a été notamment l’occasion de féliciter certains maîtres artisans pour leurs efforts quant au respect de la législation en vigueur en matière d’apprentissage au Bénin.
Le suivi des services sociaux
Le suivi des services sociaux dans la lutte contre le travail des enfants est un levier essentiel et même primordial. Il consiste à accompagner les enfants retirés des situations d’exploitation et à s’assurer qu’ils reçoivent une prise en charge adaptée. Il s’agit notamment de s’assurer que les enfants soient orientés vers les structures compétentes nécessaires en fonction de la situation. Ils peuvent ensuite recevoir une assistance psychosociale, éducative, une réinsertion familiale ou scolaire ou parfois, un hébergement d’urgence. Les services sociaux au Bénin travaillent avec l’inspection du travail, les structures de protection de l’enfant, les ONG et les partenaires techniques.
Le tableau de bord social, édition 2022 de l’Observatoire de la femme et de l’enfant indique que « en 2022, 595 enfants en situation de travail ont été recensés », contre 827 en 2021, Soit une diminution de près de 50%. Une baisse qui selon le rapport, s’explique par « le fait que les actions de prévention et de prise en charge portent leurs fruits. ». Notons également que sur les 595 enfants enregistrés, 468 ont été retirés avec 94 réinsérés dans les centres professionnels de formation.
En dépit de toutes ces transformations et initiatives, le travail des enfants continue d’être une réalité au Bénin.
Pourquoi la loi peine-t-elle à s’appliquer ?
Au Bénin, l’interdiction de travail des enfants, autant que l’obligation d’éducation est consacrée par les textes. Néanmoins, l’application desdites lois demeure difficile. Pour de nombreuses raisons, l’écart entre la loi et la réalité du quotidien reste important.
La pauvreté des familles
Dans de nombreux ménages, en particulier dans les milieux ruraux, le travail des enfants est perçu comme une aide à la survie. Ceci particulièrement parce qu’il apporte un complément aux revenus du foyer. Cette pauvreté justifie notamment les difficultés d’accès à l’éducation pour les enfants, les orientant presqu’automatiquement vers des voies secondaires liées au travail.
La forte demande de main d’œuvre bon marché
Le secteur informel, l’agriculture, les chantiers, les commerces et même certaines activités artisanales sont constamment en quête de main d’œuvre à moindre coût. De ce fait, les enfants, du fait de leur jeune âge sont plus malléables et plus faciles à exploiter. De plus, ils reviennent moins chers et sont payés trois fois rien pour exercer des tâches ingrates et souvent inadaptées pour leur âge à longueur de journée.
L’acceptation sociale du phénomène
Dans certains contextes et milieux, le travail des enfants est encore perçu comme normal, utile et même formateur. Pourtant interdit, il est souvent banalisé dans des environnements où très tôt, les enfants participent aux travaux domestiques et champêtres sans grande considération de leur âge et du type de travaux qui devraient y correspondre. De ce fait, la pression sociale qui devrait accompagner les efforts de l’état et des organisations de défense contre la pratique, reste quelque peu limitée.
La porosité des frontière et la traite des personnes
Il n’est un secret pour personne que les frontières africaines sont assez poreuses. Cette porosité facilite grandement la traite des personnes et en particulier celle des enfants. Certains enfants sont déplacés d’une zone à une autre, voir vers d’autres pays pour y effectuer des travaux rémunérés. La porosité des frontières et la facilité de circulation des personnes à l’intérieur même du pays rend difficile l’identification et la répression.
En outre, si les informations sur l’application pénale des sanctions prises à l’encontre des personnes impliquées dans le travail et l’exploitation des enfants étaient suffisamment publiées, et communiquées, ceci aurait un effet dissuasif.
Le Bénin a ratifié les conventions 138 et 182 de l’OIT relatives au travail des enfants et au travail décent, engageant ainsi l’état sur le plan international. Sur le terrain, de nombreuses actions sont menées avec des initiatives porteuses réduisant doucement mais surement la prévalence d’enfants travailleurs à travers la sensibilisation des familles, et des actions ciblées de retrait des enfants en situation d’emploi et leur réinsertion dans le système de formation professionnelle.
O. Marthe Carmelle OKOUMASSOUN
