Exploitation sexuelle des enfants : une urgence mondiale, une responsabilité africaine (2/3)

Le cadre juridique face au phénomène

Dans le premier volet de ce dossier, nous sommes revenus sur la définition de l’exploitation sexuelle des enfants et sur les différentes formes qu’elle prend, des réseaux de traite aux dérives permises par les nouvelles technologies. Place aujourd’hui aux réponses juridiques que l’Afrique a construites, au fil des décennies, pour tenter d’endiguer le phénomène.

L’Afrique face à l’exploitation sexuelle des enfants

L’Afrique, en raison de nombreux défis de développement auxquels elle est en proie, représente à divers niveaux un terreau fertile pour la prolifération des réseaux d’exploitation sexuelle des enfants. Heureusement, de nombreuses conventions internationales, renforcées par des lois nationales propres à chaque pays, ont été initiées et mises en place pour contrer un tant soit peu le phénomène et offrir des cadres juridiques assez protecteurs pour les enfants.

Les outils de protections communs aux états africains

La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) du 20 novembre 1989, ratifiée par 196 États dont la totalité des pays du continent africain, pose les bases claires en matière de protection des enfants contre toutes formes d’exploitation et d’abus sexuels. En effet, la CIDE reconnaît que les enfants, en raison principalement de leur vulnérabilité, nécessitent protection et soins adaptés. De même, conscients de l’importance des jeunes générations dans le processus de développement d’un pays, les États membres de l’Union africaine, en adoptant le 31 janvier 2015 l’Agenda 2063, prévoient dans l’article 49 de mettre d’ici 2063 « les enfants au centre des préoccupations » en bannissant l’ensemble des pratiques sociales néfastes.

La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, adoptée en juillet 1990, ratifiée par 38 pays africains et signée par 41, dispose notamment en son article 27 que les États parties de la charte s’engagent « à protéger l’enfant contre toute forme d’exploitation ou de mauvais traitements sexuels » et s’engagent en particulier à prendre des mesures pour empêcher ces pratiques sous toutes leurs formes.

Les outils de protection propres à chaque pays

En outre, chaque pays, en fonction de ses réalités, a au fil des années adopté également un certain nombre de lois entrant dans le cadre de la protection des enfants. Ces lois viennent renforcer les conventions et chartes ratifiées ou signées dans le même dessein. Au niveau de chaque pays, de nombreuses initiatives sont instaurées pour contrer son développement, mais aussi pour offrir des cadres d’écoute et de soutien aux victimes en vue de leur réinsertion dans la société :

– Le Togo a par exemple mis en place une initiative visant à offrir des formations professionnelles aux enfants victimes pour faciliter leur réadaptation.

– Au Mozambique, des unités spéciales pour enfants ont été mises en place dans les postes de police, avec pour but d’identifier les victimes de la traite des enfants.

– Le Libéria, à travers une organisation locale, œuvre de concert avec les leaders communautaires pour identifier les filles victimes de commerce sexuel et les personnes les plus exposées à l’exploitation.

– Au Bénin, l’adoption de la Politique nationale de protection de l’enfant 2026-2035 permettra assurément de renforcer le dispositif légal déjà existant en la matière.

Seulement, malgré l’arsenal juridique et les actions mis en place et souvent renforcés à intervalles réguliers dans certains pays, l’application des lois, mais aussi l’éradication réelle de l’exploitation sexuelle des enfants, connaît encore de nombreux freins.

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