Exploitation sexuelle des enfants : une urgence mondiale, une responsabilité africaine
Depuis 2019, le 04 mars a été désigné comme la Journée mondiale de lutte contre l’exploitation sexuelle. Cette journée représente pour des dizaines de milliers d’activistes par le monde, une occasion de réaffirmer leur engagement dans la lutte contre ce fléau qui représente une violation des droits humains mais aussi leur volonté commune de trouver des outils efficaces de protection des victimes et des survivants.
En droit international, l’exploitation sexuelle se définit comme « tout abus réel ou tenté d’une position de vulnérabilité, de pouvoir différentiel ou de confiance, à des fins sexuelles y compris, mais sans s’y limiter, le fait de tirer un profit monétaire, social ou politique de l’exploitation sexuelle d’une autre personne ». On pourrait être tenté de croire que les victimes d’exploitation sexuelle sont principalement des personnes adultes, pourtant, il n’en est rien.
Quid de l’exploitation sexuelle des enfants ?
Comme pour les adultes, l’exploitation sexuelle des enfants induit un certain rapport de force et de déséquilibre. Elle se réfère ici à des situations où une personne mineure de moins de 18 ans se retrouve contrainte ou incitée à échanger des actes ou des images de nature sexuelle contre des biens matériels comme de la nourriture, un logement, des vêtements, des drogues ou encore des biens non matériels comme la protection, l’amour ou un sentiment d’appartenance.
Selon la convention des droits de l’enfant, l’exploitation sexuelle des enfants représente une violation des droits humains fondamentaux. En réalité, l’exploitation sexuelle représente la forme la plus répandue de traite des enfants. Selon L’Organisation Internationale du Travail OIT, les femmes et les filles représentaient en 2022 « 4,9 millions des personnes en situation d’exploitation sexuelle ». Il s’agit d’une réalité commune à de nombreux pays aussi bien développés que sous-développés sans distinctions de races, de situation sociale ou d’ethnie qui prend racine dans de nombreux facteurs :
- Les violences sexistes et sexuelles alimentées par les stéréotypes et qui tendent à favoriser les garçons au détriment des filles dans de nombreuses cultures.
- Le manque d’information sur les droits sexuels et reproductifs liés au manque d’accès à une éducation de qualité dans de nombreux pays, rendant les victimes dans l’impossibilité de se défendre et de se protéger contre toutes les formes d’exploitation sexuelle.
- La pauvreté et l’exclusion sociale causées généralement par des conflits armés, des crises humanitaires, rendent les victimes plus vulnérables aux réseaux d’exploitation.
- Les crises humanitaires et les situations d’urgence qui favorisent grandement les violences faites aux filles perpétrées souvent par des groupes armés, des trafiquants et autres acteurs profitant de leur situation de vulnérabilité.
Même si les filles sont les principales victimes de l’exploitation sexuelle, les garçons ne sont pas en reste. Mais comment se présente l’exploitation sexuelle des enfants en Afrique au 21e siècle ?
Les différentes formes d’exploitations sexuelles des enfants en Afrique et dans le monde
Dans son rapport intitulé exploitation et abus sexuels des enfants en Afrique de l’ouest et du centre, l’Unicef indique qu’il existe 04 formes principales d’exploitation sexuelle commerciale :
La traite des enfants à des fins sexuelles
Elle indique tous les actes liés au recrutement, au transport, à la réception, à l’hébergement ou au transfert d’enfants à l’intérieur ou au travers de frontières dans le but de les mettre dans une situation d’abus ou d’exploitation sexuelle.
La prostitution enfantine
La prostitution enfantine indique le fait d’utiliser un enfant pour des activités sexuelles contres rémunération ou un quelconque avantage.
La pornographie
C’est l’acte de mettre en scène un enfant s’adonnant à des activités sexuelles explicites réelles ou simulées ou encore toute représentation d’organes sexuels d’enfant à des fins sexuelles.
Le tourisme sexuel
Il s’agit de l’exploitation sexuelle d’un enfant par un ou plusieurs personnes étrangères ou autochtones se rendant dans un autre pays pour s’adonner à des pratiques sexuelles avec des enfants.
Néanmoins, ces dernières années, avec le développement des nouvelles technologies, de nouvelles formes d’exploitations sexuelles des enfants ont vus le jour et continuent d’ailleurs de se développer. Selon Mama Fatima Singhateh, Rapporteuse spéciale sur la vente d’enfants, l’exploitation sexuelle d’enfants et les abus sexuels dans son rapport d’activité 2026 intitulé Protéger les enfants contre la vente, l’exploitation sexuelle et les abus sexuels : progrès, nouveaux défis et perspectives, « les technologies existantes étaient utilisées à mauvais escient pour harceler sexuellement des enfants, enregistrer et diffuser des photos et des vidéos sans le consentement des intéressés, produire des contenus montrant des abus sexuels sur enfants, soumettre des enfants à un chantage sexuel et diffuser en direct des abus sexuels commis sur des enfants ». Le rapport indique également que le développement des technologies d’Intelligences Artificielles tend également à aggraver la situation à travers notamment « le partage de fichiers en pair à pair et le clonage de voix » qui viennent encore plus exacerber et renforcer les méthodes déjà existantes d’exploitation sexuelle des enfants.
Dans le deuxième volet de ce dossier, nous verrons comment les textes internationaux, régionaux et nationaux tentent d’apporter une réponse juridique à ce fléau sur le continent africain.
Marthe Carmelle OKOUMASSOUN
