Gratuité scolaire en Afrique : entre promesses et réalités (2/3)

Les limites de la gratuité scolaire : ce qu’elle ne couvre pas

Il est indéniable que la gratuité a des résultats évidents sur l’accès des enfants à l’école. Néanmoins, la suppression des frais de scolarité au primaire comme au secondaire dans certains pays reste insuffisant pour assurer une entière gratuité de l’école pour les familles. Cette mesure, quoique salvatrice pour des milliers de familles dans de nombreux pays, ne supprime malheureusement pas tous les obstacles financiers, sociaux, et structurels. En témoignent les réalités dans certains pays africains.

Au Libéria

Au Libéria, avant l’instauration en 2011 de la gratuité obligatoire du primaire à la 9e année à travers l’Education Reform Act, l’accès à l’école était un réel défi pour les enfants libériens qui, fautes de moyens financiers, commençaient souvent l’école très tard. Cependant, malgré la gratuité, de nombreuses écoles publiques continuent de percevoir des frais d’inscription obligatoires et d’autres contributions informelles. Ces coûts « rendent souvent la scolarisation inaccessible ou engendrent de graves difficultés » affirme Human Rights Watch dans Without Education, There Will Be Nothing” School Fees and other Barriers to Education in Liberia.

Les coûts supplémentaires peuvent s’étendre jusqu’à 40 dollars par enfant chaque année. Ce montant exclut déjà d’office les ménages plus pauvres. Heureusement, en Août 2026, le gouvernement libérien prend à corps le problème en annonçant une nouvelle mesure visant à renforcer la gratuité de 2011. Ainsi, désormais, tous les frais d’inscription dans m’ensemble des écoles publiques à compter de l’année scolaire 2026-2027 seront supprimés.

Au Kenya

En dépit de la gratuité instaurée en 2003 et qui a eut des résultats spectaculaires en matière d’accès à l’école, de réduction du taux d’abandon scolaire et autres, la réalité pour les familles reste quelque peu nuancée. En effet, les ménages kenyans continuent de payer des frais supplémentaires qui finalement s’avèrent non négligeables et difficiles en particulier pour les familles pauvres en particulier dans les zones rurales. Humanium dans un rapport publié en 2024 et intitulé  How ‘free’ is public education ? The hidden costs of free education in Kenya  indiquait que plusieurs conjonctures liées notamment à l’économie et aux infrastructures éducatives ont permis « aux écoles de trouver des moyens de faire peser les coûts sur les enfants et leurs familles ».

Les coûts supplémentaires sont en réalité des frais cruciaux et essentiels concernant notamment :

  • Les frais d’inscription
  • Le matériel scolaire (uniformes, papeterie, manuels scolaires, cahiers d’exercice…)
  • Les activités extrascolaires (les sorties scolaires, les activités pratiques…)
  • Les frais d’examen ;
  • Les coûts pratiques y compris le transport
  • L’hébergement et la subsistance pour les externes et/ou les internes
  • Les soins de santé en cas de maladie ou de blessure à l’école.

Une enquête menée en 2025 par l’Elimu Yetu Coalition et le Kenya Human Rights Commission (KHRC) révèle que : les frais supplémentaires sont particulièrement élevés dans les zones urbaines et peuvent varier de 500 à 25000 shillings kenyanes (KSh) par enfant, soit environ 2500 à 110 000 fcfa. Ces coûts peuvent être encore plus coûteux dans l’enseignement secondaire où les matières et les activités scolaires sont plus nombreuses.

Au Cameroun

Depuis février 2001, le Cameroun a officiellement instauré la gratuité au niveau de l’enseignement primaire public par décret présidentiel pour la rentrée scolaire 2000-2001. Seulement comme au Kenya ou encore au Libéria et dans de nombreux autres pays africains, les coûts supplémentaires restent encore d’actualité et représentent de gros défis pour les familles. Rien que pour l’inscription, les frais peuvent varier entre 20 000 et 32 500 FCFA par enfant en fonction des écoles et des régions.

En outre, un décret signé dans la même année que celui de la gratuité, relatif au versement des frais d’Association des Parents d’Elèves et Enseignants APEE. Ces frais oscillent entre 2000 et 12 000 fcfa par enfant par an. Ces frais sont censés couvrir les besoins de l’enseignement non couverts par l’Etat : les craies, les produits d’entretien les petites réparations et autres. En réalité, les APEE « plombent la gratuité de l’école primaire décrétée depuis février 2001 par le Président de la République » indique le site d’information allAfrica.  Selon une étude, les ménages camerounais supportent ainsi 43% des dépenses totales d’éducation primaire à travers les cotisations APEE et les fournitures.

Des constats similaires sont documentés au Malawi, ou encore en République Démocratique du Congo RDC. Finalement, la gratuité des frais de scolarité ne suffit pas à rendre l’école financièrement accessible ; en particulier pour les familles pauvres. Pour ces dernières, financer les besoins élémentaires liées à l’achat des uniformes, des livres, cahiers et manuels scolaires, ou encore assurer la nourriture et le transport représentent de véritables défis. En conséquence, certains enfants fréquentent l’école de manière irrégulière ou abandonnent leur scolarité.

Néanmoins, la gratuité, au-delà de son aspect partiel et des nombreuses retombées qu’elle peut avoir, crée des problèmes et accentue des réalités rendant encore plus difficile l’instruction pour les enfants.

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