L’éducation est un droit fondamental reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Pourtant, en Afrique, ce droit reste encore un combat du quotidien pour des millions d’enfants exclus du système scolaire. Cette exclusion est liée à de nombreux facteurs variant d’un pays à un autre. Toutefois, la raison qui revient souvent est celle liée aux coûts directs et indirects que les familles doivent assumer, souvent avec difficulté.
Heureusement, à travers la Stratégie Continentale de l’Education de l’Union Africaine, la gratuité scolaire a été explicitement reconnue et intégrée comme un levier fondamental pour garantir l’inclusion et l’équité. Une annonce relayée et mise en place par de nombreux pays signataires de ladite stratégie.
Mais dans les faits, la gratuité affichée dans les textes et celle vécue par les familles ne se recoupent pas toujours.
Gratuité scolaire en Afrique : que dit la Stratégie Continentale de l’éducation de l’Union Africaine ?
La Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique (CESA) adoptée par l’Union africaine en 2016 pour la décennie 2016-2025 a pour but de transformer les systèmes éducatifs et de formation en Afrique. Elle intègre plusieurs aspects essentiels dont la gratuité scolaire. Dans ce sens, il s’agit pour les états signataires de parvenir d’ici 2025 à douze (12) années d’enseignement primaire et secondaires gratuites pour chaque enfant avec au moins une (01) année de préscolaire elle aussi gratuite.
Cette décision s’appuie principalement sur l’article 28 de la Convention relative aux droits de l’enfant et sur l’article 11 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, qui font tous deux de l’éducation de base gratuite et obligatoire une obligation pour les États. Pour la CESA 2026-2025, la réforme a été reconduite et l’objectif élargi. Même si la mesure reste commune, son application reste individuelle à chaque état membre. C’est en partie ce qui explique les écarts observés d’un pays à l’autre.
L’application de la gratuité scolaire en Afrique : résultats obtenus
L’application de la suppression des frais de scolarité en Afrique a eu dans de nombreux pays, des résultats visibles, voire spectaculaires.

Kenya : la gratuité à travers le ‘’Free Primary Education’’ FPE
Instauré en 2003, Le FPE a pour but de rendre l’école accessible aux enfants issus des familles pauvres et aux populations historiquement défavorisées. Avant cette réforme, les frais de scolarité représentaient un obstacle important à la scolarisation de nombreux enfants. Cette mesure rendant gratuite la scolarité au primaire, a entraîné l’arrivée de « plus d’un million de nouveaux élèves se sont présentés dans les écoles primaires publiques du Kenya » indiquent les auteurs de Le Kenya en marche 2000-2020 ». Aussi, elle a permis de réduire le taux d’abandon scolaire la faisant passer de 4,9% en 1999 à 2% en 2003.
Cette mesure étendue 05 ans plus tard au secondaire, couplée à de nombreuses autres réformes dans le secteur comme au Bénin d’ailleurs, ont permis au Kenya de figurer au nombre des pays africains avec les meilleurs indices de parité de la région avec autour de 94 à 98 filles scolarisées pour 100 garçons. Le pays avait également en 2012 un taux officiel de scolarisation net de 81,8% dans le primaire et de 50% dans le secondaire.

La RDC soutenue par la Banque Mondiale
En République Démocratique du Congo instaure la gratuité de l’enseignement primaire public en 2019. La Banque Mondiale soutien l’initiative à travers le projet PERSE/EESSE. Ainsi, ladite réforme a permis d’accroitre les effectifs dans les écoles. Selon le ministère de l’Education, le nombre d’élèves inscrits dans les écoles publiques est passé de 14,2 millions en 2018–2019 à 17,9 millions en 2020–2021, soit +3,7 millions d’élèves supplémentaires en deux ans.
La gratuité a particulièrement bénéficiée aux filles et aux enfants issus de ménages défavorisés. Selon l’Agence Congolaise de Presse ACP, « la gratuité de l’enseignement de base a contribué à l’augmentation des effectifs des filles » dans certaines écoles primaires du Kasaï Central. À l’échelle nationale, la parité filles-garçons a été atteinte en termes de taux brut et net de scolarisation dans le primaire, les filles ayant « rattrapé » les garçons grâce à la suppression des frais.
Des résultats semblables sont observés notamment au Cameroun, en Tanzanie ou encore au Malawi. Quoiqu’on en dise, la gratuité dans l’enseignement aussi bien primaire que secondaire a des retombées positives. Toutefois, ces retombées connaissent de réelles limites dans l’application de la mesure elle-même et crée d’autres problèmes dans l’enseignement.

Très bel article ! Bien écris et sourcé.
Je découvre la politique en matière d’éducation dans d’autres pays. Très intéressant.